L’évolution du prix du gazole non routier (GNR) en 2025 suscite de nombreuses interrogations chez les professionnels du secteur agricole et du BTP. Cette hausse programmée s’inscrit dans le cadre d’une réforme fiscale visant à réduire progressivement l’avantage fiscal dont bénéficie ce carburant. Examinons en détail les changements à venir et leurs implications pour les utilisateurs de GNR.
Sommaire
Hausse progressive de la fiscalité sur le GNR : calendrier et conséquences
La suppression de l’avantage fiscal sur le GNR s’étale sur une période de 7 ans, du 1er janvier 2024 au 1er janvier 2030. Cette transition graduelle vise à permettre aux secteurs concernés de s’adapter progressivement à la nouvelle donne économique. Concrètement, cela se traduit par une augmentation linéaire de 5,99 centimes par litre et par an pour le secteur des travaux publics (TP).
Voici un aperçu de la trajectoire prévue pour la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) appliquée au GNR TP :
- 1er janvier 2024 : 24,81 c€/l
- 1er janvier 2025 : 30,80 c€/l
- 1er janvier 2026 : 36,79 c€/l
- 1er janvier 2027 : 42,78 c€/l
- 1er janvier 2028 : 48,77 c€/l
- 1er janvier 2029 : 54,76 c€/l
Pour le secteur agricole, la hausse est moins prononcée mais tout aussi régulière, avec une augmentation de 2,85 centimes par litre par an dès 2024. Cette différenciation témoigne de la volonté des pouvoirs publics de prendre en compte les spécificités de chaque secteur d’activité.
Mesures d’accompagnement pour les entreprises et les agriculteurs
Face à cette augmentation programmée du prix du GNR, le gouvernement a mis en place plusieurs dispositifs d’aide et d’accompagnement. Ces mesures visent à atténuer l’impact financier de la réforme sur les professionnels les plus vulnérables.
Pour les petites entreprises du BTP, une aide financière exceptionnelle est prévue en 2024. Cette aide concerne les structures de 15 salariés au plus et se monte à 5,99 centimes d’euros par litre de GNR facturé en 2024, avec un plafond fixé à 20 000 euros par entreprise. Les demandes d’aide pourront être déposées au premier trimestre 2025 sur le site impots.gouv.fr.
Du côté des agriculteurs, le système de remboursement de la TICPE a été simplifié. Depuis le 1er juillet 2024, ils bénéficient d’un remboursement direct de la TICPE sur facture à l’achat. Cette mesure vise à alléger la trésorerie des exploitations agricoles, particulièrement sensibles aux variations du prix des carburants.
Par ailleurs, le gouvernement a réactivé le dispositif de suramortissement pour l’achat d’engins moins polluants. Cette mesure, en vigueur du 1er janvier 2024 au 31 décembre 2026, encourage les professionnels à investir dans des équipements plus respectueux de l’environnement, notamment pour les tracteurs utilisés sur les routes.

Impact sur les prix et stratégies d’adaptation
L’évolution du prix du GNR ne dépend pas uniquement de la fiscalité. Elle est également influencée par les fluctuations du marché pétrolier mondial. En septembre 2024, le prix du GNR oscillait autour de 72-74 €/hl, en baisse par rapport aux années précédentes. Cette tendance pourrait pourtant s’inverser en fonction des décisions de l’OPEP et de la conjoncture internationale.
Face à ces incertitudes, les professionnels sont invités à adopter des stratégies d’adaptation. L’utilisation de clauses de variation des prix dans les marchés est vivement recommandée pour se prémunir contre les fluctuations brutales. De plus, l’Insee a intégré la suppression de l’avantage fiscal dans les index TP depuis janvier 2024, permettant une meilleure prise en compte de cette évolution dans les contrats.
Voici un tableau récapitulatif des hausses prévues pour le secteur agricole :
| Année | Hausse en centimes/l |
|---|---|
| 2024 | 6,71 |
| 2025 | 9,56 |
| 2026 | 12,41 |
| 2027 | 15,26 |
| 2028 | 18,11 |
| 2029 | 20,96 |
| 2030 | 23,81 |
Perspectives et enjeux pour l’avenir
La réforme de la fiscalité du GNR s’inscrit dans une démarche plus large de transition écologique. Elle vise à inciter les professionnels à se tourner vers des alternatives moins polluantes. En revanche, cette évolution soulève des interrogations quant à la compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrents européens.
Les recettes fiscales générées par cette hausse devraient être réinvesties dans des programmes de soutien à la transition énergétique. Il est indispensable que ces fonds soient effectivement alloués au développement de solutions alternatives durables pour les secteurs concernés.
À long terme, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre les impératifs environnementaux et la nécessité de préserver la vitalité économique des secteurs agricole et du BTP. Cela passera notamment par :
- L’innovation technologique pour des engins plus économes en carburant
- Le développement de carburants alternatifs moins polluants
- L’adaptation des pratiques professionnelles pour optimiser l’utilisation du GNR
- Le renforcement des aides à l’investissement pour la modernisation du parc matériel
En définitive, la hausse du prix du GNR en 2025 et au-delà constitue un défi majeur pour les professionnels concernés. Elle les pousse à repenser leurs modèles économiques et leurs pratiques. Si cette transition peut sembler contraignante à court terme, elle pourrait bien être le catalyseur d’une modernisation bénéfique à long terme pour ces secteurs essentiels de l’économie française.
Mis à jour le 23 mars 2026