Juin 2025 a de nouveau rappelé aux éleveurs ce qu’ils constatent depuis plusieurs saisons : les prairies grillent plus tôt, les stocks fourragers s’entament dès juillet et les animaux passent une partie de la journée à chercher de l’ombre plutôt qu’à pâturer.
Sur ce terrain-là, l’agrivoltaïsme s’est imposé en quelques années comme une piste sérieuse, parfois avec méfiance. Entre le projet qui apporte un vrai bénéfice au troupeau et la centrale au sol, on peut se demander si l’exploitation agricole et l’agrivoltaïsme sont véritablement compatibles.
Cet article fait le point sur ce que l’ombre change concrètement dans une prairie, sur ce que la réglementation impose désormais ainsi que sur les questions à poser avant de s’engager.
Sommaire
Des troupeaux en première ligne
Le stress thermique, se lit dans les résultats techniques. Au-delà d’un certain seuil de température et d’humidité, un bovin réduit son temps d’ingestion, se déplace moins, respire plus vite. La production laitière recule, la croissance des jeunes ralentit, la reproduction se dégrade. Chez les ovins, la conduite du pâturage devient plus difficile dès que les zones d’ombre naturelles manquent.
À cela s’ajoute la baisse de disponibilité fourragère. Les prairies, longtemps considérées comme moins exposées que les cultures annuelles, subissent désormais le stress hydrique de plein fouet. Le résultat est connu : achats de fourrage, décapitalisation du cheptel, trésorerie sous tension.
Ce que la loi impose depuis 2023
L’agrivoltaïsme n’est plus une notion floue. La loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables du 10 mars 2023 en a donné une définition juridique, inscrite à l’article L. 314-36 du code de l’énergie : une installation dont les modules sont situés sur une parcelle agricole et contribuent durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole.
Surtout, le texte impose qu’une installation apporte au moins un des quatre services suivants :
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l’amélioration du potentiel et de l’impact agronomiques ;
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l’adaptation au changement climatique ;
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la protection contre les aléas climatiques ;
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l’amélioration du bien-être animal.
Ce quatrième service est celui qui concerne directement les éleveurs, et il n’est pas déclaratif : le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 a précisé les taux de couverture, les seuils de maintien du rendement, les obligations de suivi et les sanctions. Autrement dit, un porteur de projet doit aujourd’hui être capable de démontrer le bénéfice agricole, pas seulement de l’annoncer.
Pour comprendre comment se distinguent les différentes configurations, l’étude de référence de l’ADEME sur la caractérisation des projets photovoltaïques en terrains agricoles reste la lecture la plus utile.
Trois familles de technologies, trois réponses agronomiques
Toutes les structures ne produisent pas le même effet sur une prairie. C’est probablement le point le plus mal compris du sujet : parler « d’agrivoltaïsme » sans préciser la technologie revient à parler « de tracteur » sans préciser la puissance.
Les trackers. Panneaux rotatifs pilotés dynamiquement : l’ombrage se déplace au fil de la journée. L’intérêt pour l’élevage est double : offrir de l’ombre aux heures critiques, sans priver durablement la même bande d’herbe de lumière. La disponibilité fourragère est ainsi préservée là où un ombrage fixe et continu la pénaliserait.
Les panneaux fixes surélevés. Au-delà de l’ombre apportée aux animaux, ils modifient les conditions d’humidité et de température au sol. L’évapotranspiration diminue, l’herbe reste plus verte plus longtemps sous les modules, donc une meilleure ressource pour le troupeau en été.
Les panneaux bifaciaux verticaux. Implantés comme des haies, ils créent un effet brise-vent qui limite l’effet asséchant sur la prairie. Leur autre avantage est pratique : ils libèrent le passage des engins et facilitent la fauche.
Le choix entre ces solutions, la hauteur libre des structures et l’écartement inter-rang ne sont pas des paramètres à négliger. Ils déterminent si la parcelle restera mécanisable et si le troupeau circulera normalement. C’est précisément là que l’ordre des priorités compte : soit le design électrique est arrêté d’abord et l’agriculture s’y adapte, soit l’itinéraire technique de l’éleveur est le point de départ. Les acteurs venus de l’agronomie plutôt que de l’énergie défendent la seconde approche.
Ombrea, centre d’expertise en agri-énergies basé à Aix-en-Provence et créé en 2016 par une entrepreneuse et un agriculteur, en a fait sa méthode de travail : l’étude des besoins des animaux et des cultures précède la conception et le dimensionnement de l’installation. Les éleveurs qui veulent creuser le sujet peuvent en savoir plus sur l’agrivoltaïsme pour l’élevage via le site d’Ombrea.
Bovins et ovins : deux cahiers des charges distincts
L’erreur classique consiste à traiter les deux filières de la même manière.
En bovins, le gabarit des animaux et la mécanisation commandent tout. La hauteur libre doit permettre la circulation du troupeau et le développement de l’herbe sous les modules, l’écartement inter-rang doit rester compatible avec le matériel de fauche. Le point de vigilance porte sur l’accès à l’ombre aux heures les plus chaudes, qui a un effet direct sur la santé et la production.
En ovins, l’enjeu se déplace vers le pâturage sous les panneaux et la protection du troupeau. Les clôtures (fixes ou mobiles) permettent de créer plusieurs paddocks, d’organiser un pâturage tournant et de réduire le risque de prédation. Le pâturage participe par ailleurs à l’entretien du couvert végétal de la parcelle, ce qui évite la fauche mécanique d’entretien.
Dans les deux cas, l’installation doit être pensée avec le démantèlement en tête : matériaux réutilisables ou recyclables, structures limitant l’artificialisation des sols, chantier de fin de vie respectueux du sol et de l’activité en place.
Ce que la recherche commence à mesurer
Le sujet souffre d’un déficit de données publiées et c’est bien ce qui nourrit la prudence du monde agricole. Les choses avancent toutefois : des protocoles de suivi sont menés sur des sites en exploitation, en partenariat avec des instituts techniques comme l’Institut de l’Élevage (IDELE), pour mesurer les effets réels des panneaux sur la prairie et sur les animaux.
Les acteurs les plus anciens du secteur disposent aujourd’hui d’un réseau de sites pilotes suivis dans la durée, une quinzaine dans le cas d’Ombrea, avec plus de cinquante variétés culturales étudiées et de résultats examinés par des organismes scientifiques indépendants. Pour un éleveur, c’est le bon critère de tri : demander des données mesurées sur plusieurs saisons, pas des projections.
Les questions à poser avant de signer
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Quel service agricole précis mon projet apporte-t-il, et comment sera-t-il mesuré ?
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La hauteur et l’écartement sont-ils compatibles avec mon matériel actuel ?
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Comment s’organise la coactivité entre mes interventions et celles de l’exploitant de la centrale ?
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Qui exploite l’installation dans le temps, et avec quel interlocuteur agricole ?
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Quelles garanties financières couvrent le démantèlement et la remise en état ?
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Que devient le projet en cas de changement d’exploitant ?
En résumé
L’agrivoltaïsme n’est ni une solution miracle ni un simple habillage réglementaire pour du photovoltaïque au sol. C’est un aménagement agronomique qui produit de l’électricité en second lieu à condition que le troupeau, et non le rendement électrique, ait servi de point de départ à la conception. La différence entre les deux se voit rarement sur une plaquette. Elle se voit dans les données de suivi, dans la composition des équipes qui portent le projet et dans la capacité du porteur à parler d’herbe avant de parler de mégawatts.
Mis à jour le 16 octobre 2026